Nos smartphones en route vers la liberté

Par Hikounomizu - Le 21/05/12 - Affichages : 3000

Les smartphones se sont imposés en quelques années comme un besoin pour beaucoup d'entre-nous, professionnel pour certain, personel pour d'autres. Les statistiques le montrent, ils occupent désormais une importante place dans notre vie quotidienne. Mais qu'en est-il de la liberté sur ces nouvelles plateformes ? Il est possible de libérer complètement un ordinateur (GNU/Linux-libre, *BSD, etc..), et ainsi de protéger sa vie privée. Peut-on en faire de même sur un smartphone ?


Les smartphones se sont démocratisés, comme souvent lors de l'apparition de nouvelles technologies, avec des implémentations propriétaires, avec bien sur l'exemple de l'iPhone, mais aussi d'autres modèles comme le BlackBerry.
Cela pose un certain nombre de problèmes, que l'on peut classer en deux grandes catégories :

D'abord, le caractère fermé de ces systèmes privateurs, où l'utilisateur est prisonnier. Il ne sait pas comment fonctionne le système, ne peut influer sur son développement, et doit se plier à ses contraintes techniques. On le voit notamment avec l'iPhone, où iTunes est nécessaire pour un simple transfert de musique, iTunes étant qui plus est privateur et ne fonctionnant pas sur tous les systèmes d'exploitations, contrairement au standard USB.

Ensuite, un problème plus récent, lié à internet, est le respect de la vie privée. C'est le même principe que les malwares, le code source étant fermé, il est impossible de vérifier si le système ne collecte pas d'informations personnelles afin, par exemple, d'établir un profil commercial de l'utilisateur. D'autant plus que les smartphones sont capables de fournir des données sensibles, comme la localisation ou une liste de contacts.


Les premiers pas vers la liberté ont été effectués par Nokia, déja familier du logiciel libre avec le maintient de la bibliothèque graphique libre Qt. La libération de symbian suivis d'autres projets comme Meego ont malheureusement été plus ou moins abandonnés au profit du système propriétaire de Microsoft, Windows Phone.

Au même moment, Android se fait connaître, ce système en grande partie open-source, couplé au noyau Linux qui l'est également, constitue à première vue une alternative aux systèmes privateurs dominants. Google a certainement saisi l'occasion de l'état du marché pour s'attirer la sympathie des défenseurs du mouvement open-source, et dans une moindre mesure, du logiciel libre, mais le résultat est bien là.

D'ailleurs, selon Richard Stallman, pionnier du logiciel libre et fondateur de la Free Software Foundation : "Android représente une étape majeure vers un téléphone portable libre qui soit contrôlé par l’utilisateur, mais il y a encore beaucoup de chemin à parcourir." (source)


Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, parce qu'il ne faut pas confondre la liberté et l'ouverture. Android est ouvert et est surement open-source, mais faut-il rappeler que l'open-source n'est centré que sur la performance du code, pas sur la liberté ?
Android conserve plusieurs défauts, tout d'abord, ses applications phares, le navigateur, gmail, youtube, maps, le market (récemment renommé Google Play), sont toutes privatrices. Il en va de même pour d'autres composants liés au système, d'abord Linux, qui dans sa version utilisée par Android contient du code propriétaire ou obfusqué, ainsi que certains drivers ou microprogrammes.

Cela est également dangereux pour la vie privée, comme détaillé plus tôt, surtout quand on considère la politique de Google, qui est de collecter le maximum de données personnelles afin de mieux cibler commercialement l'individu.


Android a tout de même eu le mérite de faire un premier pas vers un système complètement libre, encourageant de nouvelles initiatives comme Boot2Gecko, le projet d'OS mobile libre de la fondation Mozilla, ou Tizen soutenu par la fondation Linux (mais on a le même problème d'ouverture contre liberté).

Le projet Replicant, lancé vers 2010, est un fork d'android prometteur et déja utilisable destiné à la réalisation d'un système complètement libre, les parties propriétaires d'Android sont supprimées et remplacées par des équivalents libres. Ainsi, l'android market est remplacé par le dépôt d'applications libres F-Droid (que je vous invite à utiliser sur votre Android). Le projet est soutenu par la Free Software Foundation dans la cadre de la campagne européenne "Free Your Android". Il est actuellement supporté sur plusieurs smartphones dont le Samsung Galaxy S (pas le S2 ni le Note pour le moment). Si vous le souhaitez, vous pouvez contribuer à son développement de nombreuses manières !


L'apparition de nouvelles technologies est souvent accompagnée de logiciels privateurs. C'était le cas des smartphones, mais au fur et à mesure du temps, des initiatives respectant la liberté des utilisateurs ont vu le jour, Nokia a débuté avec Symbian libéré puis Meego, des projets malheureusement abandonnés. Android dans le même temps a fait un premier pas vers un système complètement libre, Replicant se sert de cette base en remplacant les parties restées privatrices. On peut aider au développement de telles initiatives, tout simplement en en parlant autour de soi, ou en testant le système, ... Pour atteindre un système complet et abouti respectant nos libertés.

Article sous CC BY-SA 3.0.


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