Logiciel libre vs. logiciel éditeur : le choc des mondes

Par Hikounomizu - Le 10/07/12 - Affichages : 2056

Aujourd'hui, le monde logiciel est divisé en deux modèles distincts et opposés.

Le modèle privateur, apparu très tôt et notamment utilisé par les entreprises, défend les intérêts privés du développeur et rend impossible l'étude ou la modification du logiciel. C'est pour les entreprises un moyen de s'enrichir, contraignant pour l'utilisateur.

Le modèle libre, souvent utilisé par des communautés, qui octroie les 4 libertés d'exécution, de lecture, de modification et de partage et qui profite au plus grand nombre. Il a un but éthique et social, développé dans l'intérêt général.

Pour comprendre cette fraction il est nécessaire de faire un peu d'Histoire.

À l'origine, les logiciels sont tous "libres", l'activité de développement logiciel se concentre dans les années 70 dans des campus étudiants tels le MIT ou les premiers hackers apparaissent, les entreprises distribuent alors le code source de leurs programmes aux étudiants qui consacrent leur temps à améliorer le système.

Mais rapidement les entreprises privatisent leurs programmes, leurs développeurs signent des non-disclosure agreements qui leur interdit de dévoiler les sources. Le logiciel privateur apparaît.
Richard Stallman, hacker idéaliste, poursuit alors en définissant le logiciel libre, qu'il concrétisera avec le projet GNU (GNU's not Unix) en 1984 et la création de la FSF (Free Software Foundation) en 1985. [cf. Richard Stallman et la révolution du logiciel libre]

Les entreprises sont le fondement de la société, et, pour les gouvernements, les logiciels libres ne sont pas visibles. Dans les années 1980, le brevet logiciel apparaît aux États-Unis, et restreint toute la société ; même les développeurs de logiciels libres sont attaquables (et attaqués). [cf. l'article de @franck_29]

Dans les années 1990 cependant, un événement très important se produit ; l'apparition d'internet. Le monde entier est connecté dans un même espace, cela bouleverse les possibilités sociales à l'échelle internationale. Le web 2.0, vers 2005, vient renforcer ces nouvelles possibilités d'interactions sociales. Les communautés, à l'impact jusque là limité, prennent une ampleur considérable qui ne cesse d'augmenter.

Elles ont même le pouvoir de s'opposer aux lobbies et grandes entreprises ; on l'a vu très récemment avec le rejet massif d'ACTA au parlement européen, suite à des manifestations diverses orchestrées par des organisations citoyennes telles La Quadrature du Net et diffusées partout sur internet. (Finalement plusieurs dizaines de milliers de personnes sont sorties dans la rue en Europe, le traité a été rejeté à 478 contre 39, 165 abstentions).
On le voit également avec d'autres mouvements et organisations communautaires qui s'attaquent directement aux gouvernements : Anonymous, Wikileaks. Plus proche encore, le blog où vous lisez cet article est le siège d'une communauté.

Le logiciel libre, qui est fortement lié à la communauté, a profité de ce nouvel acteur qu'est internet. Des particuliers du monde entier peuvent travailler ensemble sur un même projet, naît alors le projet Debian, développant aujourd'hui l'une des distributions GNU/Linux les plus répandues, qui sert de base à Ubuntu notamment. On peut également citer Linux lui même, qui reçoit des contributions du monde entier à travers internet.

Ce bouleversement de la suprématie des entreprises par la communauté est porteur d'espoir pour le respect des libertés des particuliers.
Il faut également ajouter à cela le changement de comportement de certaines entreprises, qui optent pour un nouveau modèle économique basé sur l'open-source, dérivé du logiciel libre qui ne prend pas en compte son côté éthique. C'est le cas notamment de Google avec le projet Android, mais également Chromium, ainsi que le standard ouvert webm. Même Microsoft a contribué récemment à Linux 3.0.
De nombreuses entreprises utilisent désormais des plateformes sociales de publication de code open-source telles que github. (Facebook, Twitter, Microsoft en page d'accueil).

Cela montre une adaptation des entreprises à la nouvelle force des communautés et du logiciel libre, qui ne peuvent plus être négligés. [cf. "Nous ne sommes plus en guerre contre l'open-source" de Microsoft]

C'est porteur d'espoir pour nous les communautés. Internet nous a permis de nous former, nous avons désormais le pouvoir d'être considéré par les entreprises. Les événements récents nous donnent même parfois raison, je pense au rejet d'ACTA au parlement européen. Il ne tient qu'à nous de nous réunir et d'agir !

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Article sous double licence : CC BY 3.0 - CC BY-SA 3.0


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