Samsung, Google : le Yalta de la smartphonie ratifié

Par franck_29 - Le 19/02/14 - Affichages : 8793
Et si le pseudo réchauffement des relations entre Samsung et Google auquel on a assisté ces dernières semaines, n'était que la conséquence d'un Yalta signé entre les frères ennemis.
Et si, à propos de la politique du stockage sur carte SD, le ralliement surprise de Samsung à la vision de Google n'était autre qu'une première manifestation de cet accord secret ? (cf. Google tue l'accès en écriture sur SD externe, Samsung suit)
Et si l'avenir de la smartphonie s'était secrètement joué entre Samsung et Google ?

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Retour aux fondamentaux du marché de la smartphonie

Il me semble que la problématique du marché de la smartphonie tient en trois grandes questions :

1- Quel est notre besoin, en tant qu'utilisateur de smartphone ?
2- Quelles sont les volontés des fournisseurs de smartphone et des systèmes qu'ils embarquent ?
3- Quel prix sommes nous disposés à payer pour que notre besoin soit traité, i-e jusqu'où sommes nous d'accord d'aller sur le chemin de la volonté des fournisseurs ?

La réponse à ces trois questions doit normalement conduire à un équilibre global, dans lequel la plupart des acteurs doivent se retrouver, quel sera-t-il ?

La question 1, a bien sur tout un spectre de réponses selon les utilisateurs... de ce ceux qui veulent un truc simplissime sans avoir à réfléchir, jusqu'aux utilisateurs plus exigeants dont sur ce forum, nous faisons globalement partie (une toute petite partie). Si l'on considère ces derniers, ils considèrent globalement leur smartphone comme leur PC sous GNU/Linux (ou windows avant la version 8)... tout doit être possible, le smartphone doit être leur couteau suisse à tout faire. Et à ce titre, jusqu'alors android répondait plutôt bien à ce besoin... faut l'avouer, sinon nous ne sérions pas là. Méais une fois encore, nous ne sommes qu'une minorité.

La question 2, est sans équivoque, c'est la plus simple... la smartphonie est un business, plutôt lucratif, et il doit être rentable, très rentable.
-Les constructeurs (Samsung) doivent vendre et renouveler massivement
-Les éditeurs (ici Google) veulent, via leur écosystème, percevoir le maximum de rentrées (publicité, abonnement, etc...)

Quant à la question 3, le citoyen s'efface bien souvent devant son alter égo qu'est le consommateur, et son seul souhait, au delà du principe, est "que ce soit financièrement le moins cher possible". Et pour ça, il est prêt à bien des concessions... et comme il est prêt à des concessions, les lignes vont pouvoir bouger...

Un constructeur et un éditeur, aux business modèles pourtant incompatibles, s'entendent

Paradoxalement, les business modèle des constructeurs est divergent de celui des éditeurs (lire ici Google) le premier veut vendre très cher, car une fois vendu, c'est la fin des revenus jusqu'au prochain renouvellement (plus de 2 ans en moyenne). Le second voudrait au contraire un coût d'entrée le plus faible possible, puisque ses revenus ne commencent qu'une fois que le smartphone est en main de l'utilisateur... voila pourquoi les nexus sont si peu cher, voilà pourquoi une guerre des prix était a priori inévitable... car en fait, à l'extrême si Google pouvait distribuer des smartphones gratuitement... ils le feraient... bien sur...

Mais ils ne le font pas!
Et a priori, ils viennent de revendre Motorola, et de signer "un traité de paix" avec Samsung... donc ils ne le feront pas!

Personnellement j'appelle ça le Yalta de la smartphonie... un partage des revenus à percevoir. Appelons ça une entente temporaire...

(Google qui parle)
-Tu continues à vendre tes smartphones, et je ne t'embête plus là dessus (mais tu as vu ? ... j'aurais pu le faire)
-Je continue à capter les revenus de mon écosystème, mais, il faut m'aider à capter encore plus de cette manne... alors, tu arrêtes avec tes outils persos (cloud, chaton, etc...), tu cesses de m'embêter avec ces cartes SD (c'est pour mon cloud ça) et tu rentres un peu dans le rang...
(Samsung qui répond)
-Oké, ça me va bien comme ça, ça va me coûter moins cher en plus


les lignes de défense des usagers, sont déjà tellement enfoncées

De ce côté là, Google a déjà beaucoup travaillé, énormément travaillé. Il en est en fait aujourd'hui à cueillir les fruits de sa toujours constante stratégie. Il donne gratuitement des services qui semblent avoir de la valeur (recherche, gmail, etc...), pour se récupérer, au centuple sur d'autres sources de revenu bien plus lucratives, les revenus de la publicité. Ce modèle économique a fait ses preuves, alors pourquoi en changer ? L'époque est au ciblage, alors, ils ciblent...
Ils veulent tout savoir de nous. Dans cet objectif, l'ennemi c'est notre droit à la vie privée (un "truc" typiquement européen au passage). Mais à grand coup de gratuité, il vole en éclat, nous lui cédons notre droit, sans aucune contre partie ou presque, quelques services gratuits de plus et l'affaire est faite....
Vous n'êtes pas d'accord? N'auriez vous pas quelque chose à cacher ? Et nous voila dans la perversion la plus abjecte d'un débat, qui soit. Dans ce débat public, l'enjeu est quand même d'abandonner un droit fondamental gratuitement, au seul profit d'un ciblage au demeurant fort lucratif.

Au final, l'utilisateur a déjà tout accepté... c'est gratuit ou si peu cher, pourquoi résister?

Conclusions

Voila donc comment vont bouger les lignes... une entente entre constructeur et éditeur pour plus d'efficacité économique, et en face, l'utilisateur qui est prêt à abandonner ses droits, pour quelques euros de moins.
C'est tout tracé ! Les protagonistes se sont entendus sur le partage du monde, ils ont signé le Yalta de la Smartphonie.

Voila mon humble analyse de la situation... une situation qu'au final je n'apprécie pas.

Google : Don't be evil !
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